Déclarer la naissance de l’économie circulaire, c’est comme chercher le point précis où la pluie devient rivière. Aucun texte sacré, aucun décret officiel n’a consacré ce modèle. Les fondations sont éparpillées, les inspirations foisonnent, et ceux qui ont ouvert la voie restent parfois dans l’ombre de ceux qui ont poursuivi leur travail.
Des ingénieurs revendiquent parfois la paternité de l’économie circulaire, d’autres la placent entre les mains d’économistes ou de pionniers de l’écologie. Les dates changent selon les versions, les concepts se croisent, les écoles de pensée débattent de la source véritable.
L’économie circulaire : un concept qui bouscule nos habitudes
Prendre le virage de l’économie circulaire, c’est tourner le dos au réflexe du « produire, consommer, jeter » bien ancré dans l’économie linéaire. Ce modèle tranche avec la logique d’épuisement des ressources naturelles et la multiplication incontrôlée des déchets. Ici, la moindre étape du cycle de vie des produits peut se réinventer : pas question d’envoyer à la casse sans envisager une seconde vie.
Le recyclage, la réutilisation, l’écoconception et l’allongement de la durée d’usage s’affirment comme de puissants moteurs de changement. À chaque phase du parcours, du design à l’usage, les habitudes sont mises à l’épreuve. La responsabilité élargie du producteur, consolidée par des lois récentes, encourage les entreprises à revoir la manière dont elles s’approvisionnent et à miser davantage sur les ressources renouvelables.
Concrètement, le développement durable et la transition écologique sortent du discours pour s’appliquer sur le terrain. Les matières premières ne sont plus consommées puis jetées : elles circulent, se transforment et allongent leur utilité. Avec l’économie de la fonctionnalité, l’usage prend soudain le pas sur la possession. Le mouvement s’imprime dans la réalité avec des effets tangibles.
Pour visualiser cette transformation, trois axes structurent les grandes orientations du modèle :
- Réduire la consommation de matières premières
- Optimiser le cycle de vie des produits
- Réduire les impacts environnementaux de la production
L’économie circulaire fait irruption comme un signe des temps, rompant avec le gaspillage hérité de l’industrie et la courte vie des objets jetables.
Qui a vraiment inventé la théorie de l’économie circulaire ?
Nul inventeur officiel ni moment fondateur unique : l’origine de la théorie de l’économie circulaire se construit de rencontre en rencontre. Dans les années 1980, les économistes britanniques David Pearce et R. Kerry Turner posent les premières pierres avec leur ouvrage majeur, « Economics of Natural Resources and the Environment ». Ils inaugurent une pensée qui tient compte des cycles de matières et défend la gestion avisée de la planète.
Deux décennies plus tard, Michael Braungart, chimiste, et William McDonough, architecte, frappent fort avec leur démarche Cradle to Cradle. Ils vont plus loin : il ne s’agit plus seulement de limiter les dégâts mais de tout concevoir pour que chaque élément puisse être réutilisé ou composté. Autrement dit, dès la conception, la circularité s’invite au cœur du processus.
En 2010, la Fondation Ellen MacArthur vient impulser le mouvement à l’échelle mondiale. Par son travail de sensibilisation et de structuration, la fondation donne un nouveau souffle et rend la démarche accessible aux entreprises comme aux institutions publiques.
Pour distinguer ce qui a marqué le modèle, on peut retenir plusieurs trajectoires clés :
- Pearce et Turner : structuration académique et formalisation du concept
- Braungart et McDonough : révolution de l’industrie et du design responsable
- Ellen MacArthur : diffusion et mobilisation internationale
D’autres personnalités se sont penchées sur la question, affinant l’analyse à l’échelle des territoires ou des filières, et décloisonnant les approches. Leurs réflexions soulignent que l’économie circulaire s’enrichit de contributions croisées, chaque discipline apportant sa nuance.
Des pionniers aux grandes figures : les influences majeures derrière le modèle
Des alertes du Club de Rome à la structuration européenne
Le rapport Meadows du Club de Rome en 1972 marque un tournant : une première synthèse internationale, chiffres à l’appui, établit la réalité des limites planétaires et met en garde contre la croissance à tout va. La surconsommation des ressources naturelles et l’accumulation de déchets menacent l’équilibre du globe. De là, la piste de la circularité prend tout son sens.
Dans la décennie suivante, Jean-Claude Lévy prône une transformation profonde de nos modes de production et de consommation. Grâce à son regard sur les flux de matières, il inspire les pionniers français du recyclage et de la gestion des déchets, anticipant dès cette époque la nécessité d’une transition écologique.
Des secteurs pionniers, une dynamique collective
Dès les débuts, certains milieux d’activité montrent la voie. Voici quelques exemples marquants qui témoignent de l’implantation concrète de la circularité :
- L’industrie automobile s’est lancée dans la réutilisation et la responsabilité élargie du producteur avant que ces notions ne s’imposent partout.
- Des secteurs comme le mobilier ou l’alimentaire emboîtent le pas, poussés par l’évolution des lois et la raréfaction de certaines matières premières.
- Dans le livre et le textile, des structures spécialisées se sont essayées très tôt à la seconde vie des objets.
Les politiques publiques renforcent cette dynamique. L’adoption du paquet économie circulaire par l’Union européenne en 2015 trace les contours d’un mouvement commun. Le Green Deal européen enfonce le clou et inscrire la circularité dans la stratégie industrielle du continent. Des cabinets de conseil livrent, eux, des projections économiques précises sur les bénéfices à attendre de ce changement global.
Cette dynamique n’est plus seulement l’affaire de quelques pionniers. Entreprises, chercheurs, collectivités, institutions publiques : chacun apporte sa pierre à un édifice collectif, dessinant une nouvelle voie pour la croissance et l’innovation, bien au-delà du seul débat national.
Pourquoi comprendre ses origines change notre regard sur l’avenir
Remonter à la genèse de l’économie circulaire, c’est interroger la relation que nous entretenons avec les ressources naturelles et la manière dont nous envisageons demain. L’objectif dépasse largement le simple tri ou l’optimisation du recyclage : il s’agit, en profondeur, de repenser la notion de progrès, du tout-début d’un produit à sa transformation finale.
Saisir l’histoire de cette évolution permet de mieux comprendre la portée des choix faits aujourd’hui. Avancer du développement durable vers la transition énergétique ne se limite pas à une mise à jour technique. L’industrie 4.0, l’impression 3D, l’internet des objets bouleversent déjà les chaînes de valeur et la donnée permet d’affiner le suivi des cycles de vie ou de restreindre les émissions de carbone.
Envisager l’économie circulaire comme un nouveau standard, c’est aussi admettre la nécessaire articulation entre ressources renouvelables et sauvegarde des écosystèmes naturels. L’écoconception, la conception modulaire redéfinissent désormais les règles du jeu. Les filières, les territoires, les politiques publiques s’adaptent et s’organisent autour de cette trajectoire. La circularité, loin d’être un slogan, devient le socle commun pour faire face à la raréfaction des énergies fossiles et à la pression du climat. Le chemin est lancé ; l’écriture de la suite appartient à chacun, collectivement.


