Epsilon Scan fait partie de ces sites de scantrad qui proposent un catalogue étendu de manga et de webtoons traduits en français, souvent avant la sortie officielle. Le modèle repose sur des traductions non licenciées, diffusées sans accord des auteurs ni des éditeurs. Pour les lecteurs qui découvrent des séries par ce biais, la question se pose : comment continuer à suivre ses titres préférés tout en rémunérant ceux qui les créent ?
Scantrad et contrefaçon : ce que dit le cadre juridique européen
La lecture de scans non licenciés sur des plateformes comme Epsilon Scan relève de la contrefaçon d’œuvres protégées. La directive européenne 2019/790 sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique a renforcé les obligations des plateformes en ligne concernant les contenus protégés.
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Depuis quelques années, les éditeurs français (Kurokawa, Pika, Kana, entre autres) ont multiplié les opérations de lutte contre les sites de scan illégaux : mises en demeure, retraits DMCA, blocages DNS. L’Association des éditeurs de manga au Japon collabore avec les autorités européennes pour obtenir la fermeture de plateformes de scan non licenciées.
Ces actions ne sont pas symboliques. Elles débouchent sur des fermetures effectives de sites, des redirections de noms de domaine et, dans certains cas, des poursuites judiciaires. Lire sur un site de scantrad prive directement les auteurs de revenus, puisque ni les vues ni les clics ne génèrent de rémunération à destination des créateurs originaux.
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Manga Plus, WEBTOON et simulpub : les alternatives légales gratuites
L’argument du prix ne tient plus autant qu’avant. Plusieurs plateformes permettent aujourd’hui de lire légalement des chapitres récents sans dépenser un centime.
- Manga Plus by Shueisha donne accès aux derniers chapitres de nombreuses séries du Weekly Shonen Jump et d’autres magazines, en simulpub (publication quasi simultanée avec le Japon), financé par la publicité et les revenus de la plateforme
- WEBTOON propose un catalogue gratuit de webtoons avec un modèle de rémunération des auteurs basé sur la publicité et les achats de chapitres premium
- Les éditeurs français proposent de plus en plus d’éditions numériques disponibles dès le jour de sortie, parfois à un tarif inférieur au papier
Le modèle du simulpub a changé la donne. Là où les lecteurs devaient attendre des mois (voire des années) pour lire un titre en français, les délais entre sortie japonaise et sortie française se sont considérablement réduits. Certaines séries sortent désormais quasi simultanément dans les deux langues.
Lecture numérique légale en français : catalogue et accessibilité
Un reproche fréquent envers les offres légales concerne l’étendue du catalogue. Epsilon Scan et les sites de scantrad attirent parce qu’ils agrègent des séries que les plateformes officielles ne proposent pas toujours en français.
Les retours terrain divergent sur ce point. Certains lecteurs trouvent leur compte sur Manga Plus pour les titres Shueisha, mais se retrouvent sans solution légale pour des séries publiées chez d’autres éditeurs japonais. Les catalogues des plateformes légales restent fragmentés : il faut parfois jongler entre plusieurs applications pour couvrir l’ensemble de ses lectures.
Ce que les plateformes légales couvrent mal
Les séries de niche, les titres anciens non réédités et les publications de petits éditeurs japonais restent sous-représentés dans l’offre numérique francophone. Pour ces cas précis, l’achat de volumes physiques (neufs ou d’occasion) chez un libraire ou en ligne reste le moyen le plus direct de soutenir la chaîne éditoriale.
Les éditions françaises (Kurokawa, Pika, Kana, Ki-oon, Glénat, et d’autres) reversent des droits aux auteurs et aux éditeurs japonais sur chaque exemplaire vendu. Acheter un tome papier ou numérique finance toute la chaîne de création, du mangaka à l’assistant en passant par l’éditeur original.
Soutenir un auteur manga au-delà de l’achat de volumes
La rémunération des auteurs de manga ne passe pas uniquement par la vente directe. Plusieurs leviers complémentaires existent pour les lecteurs francophones.
- S’abonner aux plateformes officielles de lecture numérique, même au tarif le plus bas, génère des revenus redistribués aux ayants droit
- Participer aux préventes et acheter les premiers tomes d’une série envoie un signal commercial aux éditeurs, qui décident de poursuivre ou non une publication en fonction des ventes initiales
- Suivre les auteurs sur leurs réseaux officiels et partager leurs annonces augmente leur visibilité, ce qui influence les décisions éditoriales en France et au Japon
Le marché du manga en France est le deuxième au monde après le Japon. Les choix d’achat des lecteurs français pèsent directement sur les décisions de publication. Une série qui se vend bien en France a plus de chances d’être poursuivie, rééditée ou adaptée.

Quitter Epsilon Scan sans perdre ses séries en cours
Passer du scantrad à la lecture légale demande un ajustement, pas un sacrifice. La première étape consiste à identifier quelles séries suivies sur Epsilon Scan sont disponibles sur Manga Plus ou chez un éditeur français.
Pour les séries disponibles en simulpub, la transition est immédiate : les chapitres sortent à la même fréquence, parfois le même jour que la version japonaise. Pour les titres non couverts par le simulpub, consulter les catalogues des éditeurs français permet de vérifier si une édition papier ou numérique existe.
Quand aucune édition française n’existe
Certaines séries n’ont tout simplement pas d’éditeur francophone. Dans ce cas, signaler la demande auprès des éditeurs via leurs formulaires ou réseaux sociaux reste le levier le plus concret. Ki-oon, Kana et d’autres éditeurs consultent régulièrement les suggestions de leurs communautés pour décider des prochaines licences à acquérir.
L’absence d’une édition légale ne rend pas le scantrad licite pour autant. Les données disponibles ne permettent pas de mesurer l’impact exact du piratage sur les revenus individuels des mangakas, mais le principe reste simple : une lecture non rémunérée est une lecture qui ne finance pas la suite de la série.
Le réflexe le plus efficace reste de considérer chaque achat ou abonnement légal comme un vote. Les éditeurs, français comme japonais, orientent leurs choix de catalogue en fonction des ventes réelles. Soutenir un auteur, c’est d’abord rendre sa série rentable sur le marché francophone.

