Les pays les plus peuplés du monde forment un classement que l’on imagine stable. L’Inde et la Chine dominent, les États-Unis suivent, et le reste du top 10 bouge peu d’une décennie à l’autre. Les projections démographiques récentes racontent une histoire différente : la Chine a déjà franchi son pic de population, l’Inde atteindra le sien dans quelques décennies, et plusieurs pays africains grimpent dans la hiérarchie à un rythme sans précédent.
Population des dix premiers pays : état des lieux et projections
Le tableau ci-dessous compare la situation actuelle avec les trajectoires attendues à l’horizon 2050, sur la base des projections ONU 2024.
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| Pays | Population actuelle (estimation) | Tendance 2025-2050 | Pic démographique |
|---|---|---|---|
| Inde | ~1,45 milliard | Croissance puis déclin | Vers 2061 |
| Chine | ~1,42 milliard | Déclin (passage vers ~1,26 milliard en 2050) | Atteint en 2021 |
| États-Unis | ~340 millions | Croissance modérée (immigration) | Non atteint |
| Indonésie | ~280 millions | Croissance ralentie | Attendu avant 2050 |
| Pakistan | ~240 millions | Forte croissance | Seconde moitié du siècle |
| Nigéria | ~230 millions | Très forte croissance | Seconde moitié du siècle |
| Brésil | ~220 millions | Stagnation puis déclin | Proche |
| Bangladesh | ~175 millions | Croissance ralentie | Attendu vers 2050 |
| Éthiopie | ~130 millions | Forte croissance | Seconde moitié du siècle |
| Russie | ~145 millions | Déclin | Déjà passé |
Deux dynamiques coexistent. D’un côté, des pays dont la population a déjà atteint son maximum ou s’en approche (Chine, Russie, Brésil). De l’autre, des pays dont la croissance reste soutenue, principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud.

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Fécondité mondiale en chute : le basculement sous le seuil de remplacement
Le fait démographique le plus structurant des prochaines décennies ne concerne pas un seul pays, mais la quasi-totalité de la planète. Une étude publiée en 2024 établit qu’à l’horizon 2050, 155 pays sur 204 auront une fécondité inférieure au seuil de remplacement (2,1 enfants par femme). En 2100, cette proportion atteindrait 198 pays sur 204, soit 97 % des territoires.
Ce n’est pas seulement un phénomène européen ou est-asiatique. Des pays aujourd’hui associés à une forte natalité, comme la Turquie, l’Iran ou le Vietnam, se retrouveront dans cette situation. Leur croissance démographique repose alors sur l’inertie : une population jeune qui continue de vieillir et de se reproduire, mais à un rythme décroissant.
La Corée du Sud illustre l’extrême de cette tendance avec un taux de fécondité de 0,72 enfant par femme, le plus bas jamais enregistré dans un pays. À ce rythme, la population coréenne se contracte mécaniquement, génération après génération.
Ce que l’inertie démographique masque
Un pays peut continuer à gagner des habitants pendant des décennies après que sa fécondité est passée sous le seuil de remplacement. C’est le cas de l’Inde : sa fécondité diminue régulièrement, mais la masse de femmes en âge de procréer reste si importante que la population continue de croître. Le pic indien est attendu vers 2061, soit quarante ans après celui de la Chine.
Cette inertie crée un décalage entre perception et réalité. On regarde les chiffres de population totale, qui montent encore, alors que le moteur de la croissance, la fécondité, a déjà calé.
Afrique subsaharienne : la région qui redessine le classement mondial
L’Éthiopie figure déjà dans le top 10 des pays les plus peuplés du monde, alors qu’elle n’y était pas au début des années 2000. Le Nigéria devrait dépasser les États-Unis avant 2050. La République démocratique du Congo pourrait entrer dans le top 10 d’ici la fin du siècle.
Plusieurs facteurs expliquent cette trajectoire :
- Une fécondité qui reste nettement au-dessus du seuil de remplacement dans la majorité des pays de la région, même si elle diminue progressivement
- Une population très jeune, avec une proportion élevée de femmes en âge de procréer, ce qui alimente la croissance même quand le nombre d’enfants par femme baisse
- Une urbanisation rapide (la population urbaine de l’Afrique devrait doubler d’ici 2050), qui modifie la structure économique et sociale sans freiner immédiatement la natalité
En revanche, cette croissance s’accompagne de défis considérables. L’accès à l’éducation, à l’emploi et aux infrastructures de santé conditionne la capacité de ces pays à absorber des millions de nouveaux habitants chaque année.

Déclin démographique de la Chine : un tournant géopolitique
La Chine a atteint son pic de population en 2021. Depuis, le nombre d’habitants diminue. Les projections indiquent un passage d’environ 1,42 milliard à 1,26 milliard d’habitants d’ici 2050, soit une perte de plus de 150 millions de personnes en moins de trente ans.
Ce déclin n’a pas d’équivalent historique par son ampleur. Un pays qui perd l’équivalent de la population de la Russie en une génération modifie les équilibres économiques mondiaux : marché du travail, consommation intérieure, systèmes de retraite, poids relatif dans les institutions internationales.
Vieillissement accéléré et ratio actifs/retraités
Le vieillissement de la population chinoise suit une courbe bien plus abrupte que celui de l’Europe ou du Japon, parce qu’il se produit à un niveau de revenu par habitant inférieur. La proportion de personnes âgées de plus de 65 ans augmente rapidement, tandis que la base de jeunes actifs se réduit.
L’Europe fait face au même défi. Le continent a déjà atteint son pic démographique et voit sa part dans la population mondiale diminuer d’année en année. Le vieillissement constitue le premier défi structurel du continent pour les décennies à venir.
Projections démographiques mondiales : la planète à 10 milliards, puis le reflux
La population mondiale, estimée à 8,2 milliards d’habitants en 2026, devrait continuer de croître pour atteindre environ 9,7 milliards en 2050. Le pic global est attendu dans la seconde moitié du siècle, probablement autour de 2080, avant un déclin progressif.
La croissance restante sera concentrée dans un nombre limité de pays. L’Inde, le Nigéria, le Pakistan, la République démocratique du Congo et l’Éthiopie devraient fournir à eux seuls la majorité de l’augmentation nette de population mondiale d’ici 2050.
Le classement des pays les plus peuplés du monde en 2050 ne ressemblera pas à celui de 2000. L’Inde dominera largement, la Chine sera en recul marqué, le Nigéria aura rejoint le podium, et l’Afrique subsaharienne pèsera plus lourd que l’Europe et l’Amérique du Nord réunies. La démographie ne change pas de direction en un jour, mais les trajectoires actuelles sont suffisamment nettes pour que le basculement ne fasse plus débat parmi les démographes.

