On reçoit un message alarmant d’un proche, on traverse une série de galères inexplicables, et la question surgit : est-ce que quelqu’un peut jeter un sort ? Avant de chercher des réponses dans l’ésotérisme, il y a un cadre concret à poser, entre ce que dit la loi française récente, ce que la psychologie clinique documente, et les gestes pratiques qui permettent de retrouver une forme de calme.
Loi sur les dérives sectaires et exploitation de la peur du sort
Quand on parle de sorts en 2026, le vrai risque n’est pas la magie. C’est l’exploitation de la peur par des tiers mal intentionnés.
La loi n° 2024-420 du 10 mai 2024 sur les dérives sectaires a renforcé le cadre juridique français. Elle ne sanctionne pas la croyance au sort, mais vise la sujétion psychologique, l’abus de faiblesse et l’incitation à abandonner des soins médicaux. Concrètement, une personne qui vous facture un « désenvoûtement » en vous menaçant de conséquences spirituelles si vous refusez de payer tombe potentiellement sous le coup de cette loi.
La MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) a enregistré 4 571 signalements en 2024, plus du double qu’il y a dix ans. Parmi ces signalements, on retrouve des contextes où « sorts », « malédictions » ou menaces spirituelles servent de levier pour obtenir de l’argent, des services, ou pousser quelqu’un à abandonner un traitement médical.

Ce chiffre ne dit pas que la sorcellerie progresse. Il dit que l’instrumentalisation des croyances spirituelles est un phénomène documenté et en hausse. Quand quelqu’un vous affirme qu’un sort pèse sur vous et qu’il faut payer pour l’enlever, on est face à un schéma d’emprise, pas face à un phénomène paranormal.
Peur d’être envoûté : ce que la psychologie clinique observe
La conviction d’être victime d’un sort n’apparaît pas au hasard. Elle s’installe souvent dans un contexte précis : fatigue prolongée, conflit relationnel, enchaînement de difficultés professionnelles ou de santé. Le cerveau cherche une explication unifiante, et l’idée d’un sort remplit ce rôle.
Les études cliniques récentes sur les troubles anxieux montrent que le mécanisme central, chez les personnes qui se sentent « sous un sort », est une peur de la perte de contrôle associée à une tendance forte à éviter le danger. Ce n’est pas un diagnostic psychiatrique lourd. C’est un fonctionnement anxieux que beaucoup de gens traversent sans le nommer.
En pratique, cela se manifeste par une hypervigilance : on remarque chaque coïncidence négative, on relie des événements sans lien objectif, on interprète un regard ou un mot comme une confirmation. Ce biais de confirmation renforce la croyance, qui renforce l’anxiété, qui renforce le biais.
Protocoles validés pour réduire cette angoisse
Il existe des approches courtes, non médicamenteuses et validées pour sortir de cette spirale. On parle notamment de restructuration cognitive, qui consiste à identifier les pensées automatiques (« on m’a jeté un sort ») et aux examiner avec méthode, sans les ridiculiser.
- Identifier le déclencheur concret : quel événement précis a fait naître la conviction ? Un conflit, une perte, un problème de santé non diagnostiqué ?
- Lister les explications alternatives crédibles pour chaque « signe » repéré, sans se forcer à y croire, juste pour élargir le champ
- Consulter un professionnel de santé (médecin généraliste en premier) pour écarter toute cause physiologique à la fatigue, aux douleurs ou aux troubles du sommeil
- Si l’angoisse persiste, un psychologue formé aux TCC (thérapies cognitivo-comportementales) peut proposer un accompagnement sur quelques séances
Ces protocoles ne demandent pas de « ne plus croire ». Ils permettent de réduire l’emprise de la peur sur les décisions quotidiennes.
Croyances paranormales en 2026 : un contexte qui amplifie la question
On ne peut pas ignorer le terrain culturel. Les croyances paranormales sont en forte progression, notamment chez les 18-24 ans. La sorcellerie s’inscrit dans un ensemble plus large qui inclut l’astrologie, la médiumnité, les rituels de protection, les consultations de voyance en ligne.

Cette normalisation a un effet double. D’un côté, elle déstigmatise des pratiques spirituelles qui font partie de l’histoire humaine. De l’autre, elle crée un marché où n’importe qui peut se présenter comme « praticien » sans aucune formation ni contrôle. Les réseaux sociaux amplifient le phénomène : un contenu sur les « signes qu’on vous a jeté un sort » génère de l’engagement, ce qui pousse les algorithmes au point de le montrer davantage et de renforcer la croyance collective.
Les retours varient sur ce point, mais dans la majorité des situations rapportées par les professionnels de santé, les personnes convaincues d’être envoûtées traversent une période difficile bien identifiable (deuil, séparation, perte d’emploi, maladie) plutôt qu’un phénomène inexplicable.
Réagir sereinement face à la peur d’un sort : les gestes concrets
On résume ici ce qui fonctionne quand la question « est-ce que quelqu’un peut jeter un sort ? » occupe l’esprit au point de perturber le quotidien.
- Ne pas payer pour un désenvoûtement. Toute demande financière assortie de menaces spirituelles est un signal d’alerte majeur, potentiellement sanctionné par la loi
- Consulter d’abord un médecin si des symptômes physiques alimentent la conviction (fatigue, douleurs, troubles du sommeil)
- Parler de ses inquiétudes à une personne de confiance extérieure au cercle qui alimente la croyance
- Limiter l’exposition aux contenus en ligne sur les sorts et malédictions pendant quelques semaines, le temps de retrouver du recul
- Si la croyance génère une détresse significative, contacter un psychologue ou appeler le 3114 (numéro national de prévention du suicide), accessible gratuitement
Le danger réel n’est presque jamais le sort lui-même, mais les décisions prises sous l’emprise de la peur : arrêter un traitement médical, s’endetter pour payer un « guérisseur », couper des liens familiaux sur la base d’accusations infondées.
Savoir si quelqu’un peut jeter un sort relève de la croyance personnelle, et chacun est libre d’y répondre selon sa sensibilité. Ce qui relève du concret, c’est la protection contre ceux qui exploitent cette croyance.
Sur ce terrain, la loi française, la psychologie clinique et le bon sens convergent vers la même recommandation : garder la main sur ses décisions, consulter des professionnels qualifiés, et ne jamais laisser la peur dicter un choix de santé ou un engagement financier.

